Informatique quantique : pourquoi il faut s’y intéresser aujourd’hui plutôt que d’attendre demain ?
De la physique d’Einstein aux ordinateurs quantiques français de Pasqal, découvrons une révolution technologique qui pourrait transformer notre façon de calculer, de chercher et d’innover.
Vous souvenez-vous de l’arrivée d’Internet ?
À l’époque, beaucoup de personnes se demandaient à quoi cela pouvait bien servir. Certains pensaient que c’était réservé aux informaticiens, aux chercheurs ou aux grandes entreprises.
Puis Internet est entré dans nos maisons, nos téléphones, nos commerces et notre quotidien.
Avec l’intelligence artificielle, nous vivons une nouvelle étape. Et voilà qu’un autre mot commence à faire parler de lui : le quantique.
Encore un truc compliqué, allez-vous me dire !
Eh bien, pas forcément. Je vais essayer de vous expliquer simplement ce qui se cache derrière ce mot, pourquoi une entreprise française appelée Pasqal attire l’attention et surtout pourquoi il est intéressant de commencer à se former dès maintenant.
1. Le quantique, une histoire qui commence il y a plus de 100 ans
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le quantique n’est pas une invention récente.
Tout commence au début du XXe siècle.
En 1900, le physicien allemand Max Planck propose une idée étonnante : certains échanges d’énergie ne se font pas de manière continue, mais par petites quantités.
Quelques années plus tard, Albert Einstein contribue à cette nouvelle compréhension de la lumière.
Puis arrivent Niels Bohr, Werner Heisenberg, Erwin Schrödinger et d’autres scientifiques qui vont progressivement construire ce que l’on appelle la physique quantique.
Mais qu’est-ce que cela signifie ?
Imaginez que vous regardiez une balle de tennis. Vous pouvez connaître sa position, sa vitesse et prévoir approximativement où elle va tomber.
Maintenant, imaginez que vous descendiez dans le monde des atomes et des particules.
Là, les règles deviennent différentes.
À cette échelle, les scientifiques doivent utiliser des probabilités pour décrire certains phénomènes. Une particule peut notamment être décrite par une combinaison de plusieurs états possibles avant sa mesure.
C’est déroutant, mais c’est précisément ce qui rend cette physique passionnante.
Et surtout, ce n’est pas de la science-fiction : la physique quantique contribue déjà au fonctionnement des lasers, des composants électroniques et de nombreux équipements modernes.
2. Un ordinateur quantique, c’est quoi exactement ?
Pour comprendre, prenons notre ordinateur traditionnel.
Il fonctionne avec des informations élémentaires appelées bits.
Un bit peut prendre deux valeurs : 0 ou 1.
Tout ce que vous faites sur votre ordinateur, regarder une photo, envoyer un email ou utiliser une intelligence artificielle, repose sur le traitement de ces informations.
L’ordinateur quantique, lui, utilise des qubits.
Un qubit peut être dans un état quantique combinant 0 et 1. C’est ce que l’on appelle la superposition.
Attention, cela ne signifie pas qu’un ordinateur quantique peut automatiquement essayer toutes les solutions et lire instantanément la bonne.
Il faut concevoir des algorithmes particuliers pour exploiter ces propriétés.
Mais pour certaines familles de problèmes, cette manière de calculer pourrait offrir des avantages considérables.
Prenons un exemple.
Imaginez une entreprise qui doit étudier le comportement de molécules pour mettre au point un nouveau matériau.
Avec un ordinateur classique, certaines simulations deviennent extrêmement difficiles à mesure que la complexité augmente.
Un ordinateur quantique pourrait, à terme, permettre d’aborder certains de ces calculs autrement.
L’objectif n’est donc pas de remplacer votre ordinateur portable, mais de disposer d’un outil supplémentaire pour résoudre des problèmes très particuliers.
3. Et la France dans tout cela ? Découvrons Pasqal
C’est ici que notre histoire devient particulièrement intéressante.
En 2019, une entreprise française voit le jour : Pasqal.
Elle est notamment cofondée par Alain Aspect, physicien français qui recevra le prix Nobel de physique en 2022, avec John Clauser et Anton Zeilinger, pour leurs travaux sur l’intrication quantique.
Pasqal s’appuie sur des recherches menées autour de l’Institut d’optique et de l’écosystème scientifique de Paris-Saclay.
Son ambition est simple à exprimer, même si elle est très complexe à réaliser : construire des ordinateurs quantiques capables de servir à des applications concrètes.
Et sa technologie est fascinante.
Au lieu d’utiliser uniquement des circuits électroniques comme dans nos ordinateurs traditionnels, Pasqal utilise des atomes neutres, c’est-à-dire des atomes qui ne possèdent pas de charge électrique globale.
Ces atomes sont refroidis à des températures extrêmement basses, proches du zéro absolu.
Puis des faisceaux laser permettent de les maintenir en position et de les manipuler.
Imaginez des pinces invisibles capables de déplacer des atomes individuellement.
C’est un peu le principe !
Pasqal cherche ainsi à organiser et contrôler ces atomes pour effectuer des calculs quantiques.
Une technologie qui demande des compétences en physique, en optique, en informatique, en électronique et en ingénierie.
4. De la recherche scientifique à l’entreprise industrielle
Ce qui m’intéresse particulièrement dans le parcours de Pasqal, ce n’est pas seulement la technologie.
C’est aussi le passage du laboratoire à l’entreprise.
Pendant des années, des chercheurs ont travaillé sur des phénomènes que peu de personnes comprenaient.
Puis certains se sont posé une question fondamentale :
Et si nous transformions ces découvertes en outils utilisables par les entreprises ?
C’est exactement ce que cherchent à faire les acteurs de l’informatique quantique.
Dans l’article qui a inspiré cette publication, Pasqal annonce plusieurs machines quantiques en fonctionnement sur différents continents, ainsi qu’une équipe de plusieurs centaines de collaborateurs.
L’entreprise affiche également un objectif ambitieux pour 2029 : disposer d’environ 100 qubits logiques avec un taux d’erreur extrêmement faible.
Un qubit logique, c’est quoi ?
C’est une information quantique que l’on cherche à protéger des erreurs en utilisant plusieurs qubits physiques.
Car voilà l’un des grands défis du quantique : ces machines sont extrêmement sensibles aux perturbations.
Il ne suffit donc pas d’ajouter des qubits. Il faut aussi réussir à obtenir des calculs fiables.
C’est l’un des principaux enjeux scientifiques et industriels des prochaines années.
5. À quoi le quantique pourrait-il servir dans les entreprises ?
On entend parfois dire que le quantique va tout révolutionner.
Je préfère être prudent avec ce genre d’affirmation.
Nous sommes encore dans une période de recherche, d’expérimentation et de développement industriel.
Mais plusieurs domaines sont particulièrement intéressants.
La santé et la chimie
Étudier certaines molécules, mieux comprendre leurs interactions et explorer de nouveaux matériaux.
L’industrie
Rechercher de nouvelles propriétés pour des batteries, des matériaux ou des procédés chimiques.
La logistique
Explorer certains problèmes complexes d’organisation, de planification ou d’optimisation, lorsque les méthodes quantiques apportent un intérêt démontré.
La cybersécurité
C’est un sujet majeur. De futurs ordinateurs quantiques suffisamment puissants pourraient fragiliser certains systèmes de chiffrement actuels.
C’est pourquoi des solutions de cryptographie post-quantique sont déjà développées et commencent à être déployées.
L’intelligence artificielle
Des chercheurs étudient également les relations entre calcul quantique et apprentissage automatique.
Mais soyons clairs : nous ne savons pas encore dans quelles situations ces méthodes apporteront un avantage pratique significatif par rapport aux meilleures méthodes classiques.
6. Pourquoi je fais le parallèle avec l’intelligence artificielle
Il y a quelques années, lorsqu’on parlait d’intelligence artificielle, beaucoup de personnes répondaient :
« Ce n’est pas pour moi. »
Aujourd’hui, des artisans, des commerçants, des associations et des petites entreprises commencent à utiliser l’IA pour rédiger, organiser, analyser ou automatiser certaines tâches.
Et ceux qui ont pris le temps de comprendre les bases ont généralement moins de difficultés à aborder les nouveaux outils.
Avec le quantique, nous pouvons adopter la même démarche.
Il ne s’agit pas de devenir physicien.
Il ne s’agit pas non plus d’acheter un ordinateur quantique !
Il s’agit de comprendre progressivement ce qui change, de distinguer les véritables avancées des annonces marketing et d’identifier les conséquences possibles pour son activité.
Car la technologie évolue, mais notre capacité à apprendre reste notre meilleur atout.
7. Se former aujourd’hui, c’est se faciliter la vie demain
J’entends régulièrement cette phrase pendant mes formations :
« Je vais attendre que tout cela soit au point. »
Je comprends cette réaction.
Mais attendre que tout soit parfaitement au point, c’est parfois se retrouver devant une montagne de connaissances à acquérir d’un seul coup.
Prenons Internet.
Il était plus facile d’apprendre progressivement à utiliser un navigateur, puis un email, puis les services en ligne, que de découvrir tout cela en une seule journée.
C’est pareil pour l’intelligence artificielle.
Et ce sera probablement la même chose pour le quantique.
Apprendre un peu aujourd’hui permet de mieux comprendre ce qui arrivera demain.
Pour commencer, nul besoin de connaissances scientifiques avancées.
Vous pouvez simplement découvrir les grandes idées, comprendre ce qu’est un qubit, suivre les progrès des entreprises françaises et vous familiariser avec les applications possibles.
L’important n’est pas de tout maîtriser immédiatement.
C’est de développer sa curiosité et de progresser régulièrement.
8. Mon regard de formateur : ne subissons pas les technologies
Depuis des années, j’accompagne des particuliers, des associations et des entreprises dans leur découverte du numérique.
J’ai vu arriver Internet, les smartphones, le cloud et maintenant l’intelligence artificielle.
À chaque fois, les mêmes interrogations reviennent.
Est-ce compliqué ? Est-ce dangereux ? Est-ce vraiment utile ? Est-ce que je vais réussir à suivre ?
Et à chaque fois, je reviens à la même conviction : la formation permet de reprendre la main.
On n’a pas besoin de comprendre toute la mécanique d’une voiture pour apprendre à conduire.
De la même manière, on n’a pas besoin de maîtriser toutes les équations de la physique quantique pour comprendre les enjeux de cette technologie.
Ce qui compte, c’est d’apprendre à son rythme, avec des explications accessibles et des exemples concrets.
C’est aussi l’esprit que je souhaite développer à travers co-ia.fr et mes formations : rendre les technologies compréhensibles, sans les réserver à une poignée de spécialistes.
Conclusion : le futur se prépare aujourd’hui
L’histoire de Pasqal nous montre une chose intéressante.
Une découverte scientifique peut mettre des décennies avant de devenir une technologie industrielle.
Entre les premières recherches sur la physique quantique et les machines développées aujourd’hui, il s’est écoulé plus d’un siècle.
Nous ne savons pas exactement quand les ordinateurs quantiques deviendront indispensables dans certains secteurs, ni quelles entreprises réussiront à les industrialiser à grande échelle.
Mais nous pouvons déjà comprendre les principes, suivre les expérimentations et préparer nos compétences.
Et si je devais vous laisser avec une seule idée, ce serait celle-ci :
N’attendez pas que le monde change pour commencer à le comprendre.
Prenez un peu de temps pour apprendre aujourd’hui. Vous aurez moins de chemin à parcourir demain.
Et vous, le mot « quantique » vous intrigue, vous passionne ou vous paraît encore complètement mystérieux ?
Partagez votre avis. C’est aussi en échangeant que l’on apprend.
Boris LEJUDE — Formateur et consultant en transition numérique, intelligence artificielle et cybersécurité.
co-ia.fr — Comprendre, apprendre et avancer avec l’intelligence artificielle et les technologies de demain.
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